La production électrique totale espagnole est restée particulièrement stable entre 2023 et 2024, à 262 TWh, alors que la production par filière a significativement varié. En effet, la part de la production hydraulique et solaire a augmenté, entraînant une baisse de celle du gaz. La part des autres filières est restée stable.
La production solaire a augmenté de 15 % pour atteindre 49 TWh en 2024, grâce à 6 GW installés en 2023, et 9 GW installés en 2024 pour porter le parc total à 38 GW. Sa part dans le mix espagnol a atteint 19 %, doublant ainsi en quatre ans. La filière hydraulique a produit 40 TWh, soit 13 % du mix, une première depuis 2016 liée à une forte hausse des précipitations, comme dans le reste de l’Europe. La production éolienne a diminué de 1,8 TWh par rapport à l’année précédente pour atteindre 60,9 TWh, soit une baisse de 3 %, à cause de conditions météorologiques moins favorables. Les nouvelles capacités installées, 832 MW (ce qui porte le parc à 31,7 GW), n’ont que partiellement compensé les conditions de vent dégradées. Grâce à l’augmentation globale de la production renouvelable, le volume de production à partir de gaz a baissé de 11 TWh (-17 %) entre 2023 et 2024, avec 54 TWh produits en 2024.
Au total, la production décarbonée a dépassé 76 % du mix de production (56 % renouvelable et 20 % nucléaire) contre 71 % en 2023 (51 % renouvelable et 20 % nucléaire). Par ailleurs, au Portugal voisin la part de la production renouvelable a atteint 89 % en 2024. Cette abondance de production décarbonée dans la péninsule (qui peut également être exportée vers la France ou d’autres pays européens via la France) a porté les prix de gros espagnols à des niveaux relativement faibles, comparables avec les prix français (cf. chapitre Prix). En conséquence, les échanges entre l’Espagne et la France ont été bien plus équilibrés que ceux entre la France et ses autres pays voisins, qui ont importé massivement la production française.
En septembre 2024, le gouvernement espagnol a soumis à la Commission européenne une mise à jour de son Plan National Intégré Energie Climat, accélérant le rythme de transition. Par rapport à la précédente version de 2019 en effet, la part que les énergies renouvelables devront atteindre dans le mix électrique d’ici 2030 passe de 74 % à 81 % (elle reste 100 % à l’horizon 2050). La sortie du charbon devra être effective en 2025, alors que la production à partir de cette ressource a été de 3 TWh pour 1 % du mix en 2024.
Pour faciliter l’intégration des énergies renouvelables dans le réseau électrique et répondre aux besoins de flexibilités qui en découlent, le PNIEC espagnol prévoit l’atteinte de 22,5 GW de capacité de stockage d’électricité à l’horizon 2030, toutes technologies confondues. L’Espagne compte aujourd’hui environ 8 GW de stockage installé. Un des instruments pour remplir cet objectif consiste en des appels d’offres associés aux projets PERTE[1]. Via ceux-ci, le Ministère pour la Transition Écologique et le Défi Démographique[2] a sélectionné des projets de stockage à hauteur de 904 MW en 2023[3] et 690 MW de batteries en 2024[4], qui recevront 300 millions d’euros d’aide au total. Dans le premier cas, il s’agit principalement de batteries pouvant délivrer leur capacité maximale pendant deux à trois heures, couplées à des installations solaires ou éoliennes. Dans le deuxième cas, il s’agit de batteries indépendantes d’environ quatre heures de capacité de stockage. L’installation de ces batteries est prévue pour 2025 et 2026.
Le solde des échanges de l’Espagne est variable selon les années : le pays a connu un solde exportateur au début des années 2010, avant de devenir importateur en 2016 puis de nouveau exportateur à partir de 2022. Le solde est resté exportateur en 2024 à la hauteur de 9,6 TWh, un volume légèrement inférieur à celui de 2023. Notamment, le solde vers la France avait été légèrement exportateur en 2023 (1,9 TWh), alors qu’il est devenu légèrement importateur en 2024 (-2,8 TWh), ce qui explique la majeure partie de la variation. L’Espagne était devenue nettement exportatrice vers la France en 2022 à l’occasion de la crise énergétique, avec 9,1 TWh nets exportés. En effet, la France avait été plus touchée que l’Espagne à cause de la crise de la production nucléaire française qui s’est ajoutée à l’augmentation des prix du gaz et à la sècheresse.
[1]
[2] Ministerio para la Transición Ecológica y el Reto Demográfico (MITECO)
[3] Gobierno de España, Conoce los proyectos financiados en la primera convocatoria para impulsar el almacenamiento conectado con plantas de generación renovable, 2024
[4] Gobierno de España, Transición Ecológica asigna 156 millones a 45 proyectos innovadores de almacenamiento independiente y térmico, 2024