Avant 1945, l’électricité occupait une place relativement restreinte dans le système énergétique du pays. Les premières centrales de production d’électricité, construites dès la fin du XIXème siècle en France, étaient soit hydrauliques, soit au charbon. Au cours de la première moitié du XXème siècle, l’usage de l’électricité s’est généralisé, notamment pour l’éclairage, mais il n’existait pas encore de réseau de transport unifié, et les installations de production étaient pour la plupart privées, à usage industriel. L’essentiel de la production était issu du charbon et de l’hydraulique.
De l’après-guerre jusqu’à la fin des années 1970, la consommation d’électricité a crû de manière importante (+1 % par an en moyenne), dans un contexte de fort développement économique et d’électrification du pays. La première interconnexion a vu le jour en 1958 entre les réseaux français, suisse et allemand.
À la suite du premier choc pétrolier en 1973, la France développe rapidement un important parc de réacteurs nucléaires afin de réduire sa dépendance aux hydrocarbures. À cette période, 48 réacteurs nucléaires sont mis en service entre 1978 et 19894. Le développement de l’électrification est en parallèle favorisé, notamment en incitant à l’installation de chauffage électrique et de chauffe-eau électriques. Cependant, sous l’effet combiné des politiques d’économies d’énergie, du ralentissement de la croissance économique, et du contre-choc pétrolier de 1986 qui a conduit au maintien durable de prix bas pour les énergies fossiles jusqu’à la fin des années 1990, la consommation d’électricité n’a pas augmenté aussi vite que les projections, menant à un excédent structurel de production d’électricité en France, qui pouvait alors être exporté.
Ainsi, le solde des échanges français est devenu exportateur en 1981 et a dépassé les 60 TWh à partir de 1993, soutenu par l’interconnexion croissante des réseaux électriques et par la compétitivité du parc nucléaire français. Un maximum local a été atteint en 2002 avec 76 TWh de solde à l’exportation. La même année, le dernier réacteur nucléaire de seconde génération a été mis en service.
Pendant les années 2000, l’augmentation de la consommation électrique a continué son cours. Dans le même temps, la production s’est stabilisée à partir du milieu de la décennie, en raison notamment de l’absence de nouveaux projets nucléaires mis en service et de l’absence de dynamique marquée de développement du parc renouvelable.
À partir de la fin des années 2000 et au cours des années 2010-2020, la disponibilité du parc nucléaire français a diminué, du fait de l’intensification des opérations de maintenance liée au vieillissement des installations et au lancement du programme du « Grand carénage ». La centrale de Fessenheim a été définitivement arrêtée en 2020. Parallèlement, les énergies renouvelables, notamment éolienne et solaire, se sont développées en France et en Europe. Le solde des échanges français est demeuré exportateur, même si la part de la production destinée à l’exportation n’a plus atteint les niveaux particulièrement élevés observés autour des années 2000.
Après la diminution marquée lors de la crise énergétique en 2022 (où il était devenu importateur), le solde français a battu son record d’exportations de 2002 (76 TWh) deux années d’affilée en 2024 et 2025, avec respectivement 89 TWh puis 92 TWh, porté par la forte production décarbonée (avec notamment le redressement de la disponibilité nucléaire) et par une consommation en retrait vis-à-vis du niveau des années 2010.
Le système électrique français connaît ainsi aujourd’hui une situation d’abondance d’électricité à l’échelle nationale qui n’est pas inédite. En effet, dans l’industrie électrique, des cycles s’observent régulièrement du fait du contraste temporel entre, d’une part, l’inertie associée au développement des infrastructures de production et de réseau, qui s’étale sur plusieurs années voire plusieurs décennies, et d’autre part, la survenance de crises énergétiques et économiques ou d’inflexions fortes sur la consommation, qui peuvent relever de temps beaucoup plus courts. Il peut en résulter des périodes, comme celle d’aujourd’hui, dans lesquelles la dynamique de croissance de la production se trouve transitoirement désynchronisée par rapport à celle de la consommation.