En 2025, la consommation des grands consommateurs raccordés au réseau public de transport (RPT), qui relèvent pour la plupart du secteur industriel, a reculé de 1,7 %18 sous l’effet du contexte macro-économique, marqué par de fortes incertitudes géopolitiques et une concurrence internationale accrue. L’indice de production industrielle en France est resté relativement stable en 2025 par rapport à l’année précédente (+0,5 %)19,avec une tendance positive en fin d’année, mais la conjoncture a particulièrement pesé sur les secteurs plus représentés parmi les grands consommateurs, notamment la chimie (-3 %). Selon une analyse conjoncturelle de l’Insee, l’atonie de la demande (carnets de commandes) est la principale raison ayant pénalisé l’industrie française en 202520. Quelques difficultés d’approvisionnement et un manque de personnel persistent, même si leur importance a diminué par rapport à 2023.
Ce recul s’inscrit dans la tendance baissière de long terme sous l’effet du développement de l’efficacité énergétique, des crises successives (crise économique de 2008, crise sanitaire, crise énergétique) et du mouvement de désindustrialisation en cours depuis les années 1990 avec la restructuration du tissu productif français et la tertiarisation de l’économie. Ce mouvement semble avoir été arrêté depuis le milieu des années 2010 avec les prémices d’une dynamique de réindustrialisation, soumise toutefois aux aléas géopolitiques et commerciaux des dernières années21 et dont les effets ne sont pour le moment pas visibles sur la consommation d’électricité.
La diminution de la demande d’électricité en 2025 a interrompu le mouvement de reprise entamé l’année précédente. En effet, en 2024 la consommation des grands consommateurs avait augmenté de 3,2 % par rapport à celle de 2023, grâce à un rebond ponctuel de l’activité après le pic de la crise énergétique. Cette reprise avait tout de même été moins forte que celle intervenue en 2021 après la crise sanitaire et n’avait pas permis au secteur de retrouver les niveaux de la période d’avant-crise. Notamment, les adaptations (réductions d’activité ou transformations, développement de l’efficacité énergétique)22,23, mises en œuvre par les entreprises pour maintenir leur activité dans un contexte fortement dégradé ont conduit à une restructuration du tissu industriel français24,25. Par ailleurs, même si les offres de marché représentent une part plus importante des contrats de fourniture chez les consommateurs professionnels, permettant une répercussion des baisses de prix de l’électricité, une partie des consommateurs industriels peut encore dépendre de contrats négociés dans les années passées avec des niveaux de prix beaucoup plus élevés.
Ainsi, en 2025, la demande des grands consommateurs raccordés au RPT est restée 13 % plus faible que celle de la période d’avant-crise (2014-2019). Il est intéressant de noter que l’activité du secteur industriel avait déjà commencé à ralentir dès 2019 en raison de l’intensification des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine d’une part et les États-Unis et l’UE d’autre part. Les négociations sur le Brexit ont aussi contribué à élever le niveau d’incertitudes qui a pesé sur les investissements et la consommation.